En arabe, le nom que l’on donne a une chose dit quelque chose d’essentiel sur sa nature. Le Coran a recu plusieurs noms dans le Coran lui-même — chacun revelant une facette de ce qu’il est, de ce qu’il fait, et de la relation qu’il est censé entretenir avec ceux qui le lisent.
Les savants ont recensé entre cinquante et quatre-vingt-dix noms et attributs du Coran selon les méthodes de comptage. Nous allons nous arreter sur les plus importants, ceux qui apparaissent directement dans le texte sacre.
Les cinq noms principaux
Al-Quran — « La récitation »
C’est le nom le plus connu. Il derive de la racine qara’a, qui signifie lire ou réciter. Ce nom insiste sur la dimension orale et performative du Coran : il est fait pour être lu a voix haute, récité, entendu. Il n’est pas un texte silencieux que l’on parcourt des yeux — c’est une parôle vivante.
Al-Kitab — « Le Livre »
De la racine kataba, écrire. Ce nom souligne la dimension écrite et préservée du Coran, son statut de texte fixe, definitif, source de droit et de savoir. C’est aussi le nom qui le relie aux Livres sacres anterieurs — la Torah, l’Injil — dont il est la continuation et la correction.
Al-Furqan — « Le Critere »
Du mot faraqa, separer, distinguer. Le Coran est ce qui distingue le vrai du faux, le licite de l’illicite, la guidance de l’egarement. Ce nom évoqué le rôle du Coran comme boussole morale et intellectuelle, capable de trancher dans les questions ou l’homme est incertain.
Al-Dhikr — « Le Rappel »
C’est le nom qu’Allah utilise dans le verset de préservation : « C’est Nous qui avons fait descendre le Rappel. » Le Coran « rappelle » a l’humanité ce qu’elle savait déjà dans sa nature profonde (fitra) mais avait oublié. Il est la mémoire de ce que nous sommes face a notre Créateur.
Al-Nur — « La Lumière »
Allah dit : « Il vous a envoyé une Lumière éclatante. » (An-Nisa, 4:174). Le Coran est lumière dans les ténèbres de l’ignorance, de la perplexité morale, de l’angoisse intérieure. La ou le Coran entre, l’obscurite recule. Cette métaphore de la lumière est l’une des plus recurrentes du texte sacre.
D’autres noms significatifs
وَنُنَزِّلُ مِنَ الْقُرْآنِ مَا هُوَ شِفَاءٌ وَرَحْمَةٌ لِّلْمُؤْمِنِينَ
« Nous faisons descendre, du Coran, ce qui est une guerison et une misericorde pour les croyants. »
Sourate Al-Isra (17), verset 82
Ce verset introduit deux noms supplémentaires : Al-Shifa (la guerison) et Al-Rahma (la misericorde). Le Coran guerit les maladies du cœur — le doute, l’orgueil, l’angoisse, l’attachement au monde — pour ceux qui l’approchent avec sincerite.
Le Coran est aussi appele Al-Huda (la guidance), Al-Maw’iza (l’exhortation), Al-Bushra (la bonne nouvelle) et Al-’Aziz (le Puissant, l’Inaccessible). Chacun de ces noms dit quelque chose de different sur la relation que le Coran est censé établir avec le lecteur.
Ce que les noms nous apprennent sur la façon de lire
Comprendre les noms du Coran transforme notre façon de le tenir dans les mains. Si c’est Al-Shifa, nous l’approchons avec l’humilité de quelqu’un qui vient se soigner. Si c’est Al-Huda, nous venons chercher une direction. Si c’est Al-Dhikr, nous venons nous souvenir de ce que nous avons oublié.
Les sciences du Coran commencent donc par une question très simple et très profonde : de quoi s’agit-il vraiment, ce Livre que l’on récite chaque jour ? Connaître ses noms, c’est commencer à y répondre.